Goncourt 2026 : huit romans en lice après le retrait d’un livre soupçonné d’être écrit par IA

La saison des prix littéraires d’automne a pris cette année un tour inattendu. Le 6 octobre, l’Académie Goncourt a dévoilé sa deuxième sélection : huit romans encore en course pour le plus prestigieux des prix français. Mais la liste a surtout fait parler d’elle par un absent. Quelques jours plus tôt, l’Académie avait retiré de sa première sélection un premier roman soupçonné d’avoir été en grande partie écrit par une intelligence artificielle. Une affaire qui pose, pour tous ceux qui aiment l’écriture, une question de fond : qu’est-ce qu’écrire, à l’heure des machines ?

Les huit romans encore en lice #

Selon Livres Hebdo, la deuxième sélection du Goncourt 2026 réunit :

Minotaure de Boris Bergmann (Albin Michel), Le fabuleux piano de Sonia Devillers (Robert Laffont), Nous aussi d’Anne Godard (Actes Sud), La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel (Gallimard), L’inconnue du Quai de Javel de Philippe Jaenada (Flammarion), Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois (L’Arbalète/Gallimard), De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme (Minuit) et La Guerre éternelle d’Olivier Rolin (Gallimard).

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La liste mêle des habitués des prix d’automne et des voix plus inattendues. Gallimard y place trois titres, en comptant la collection L’Arbalète. Les quatre finalistes seront connus le 27 octobre, avant la proclamation du lauréat au restaurant Drouant, à Paris, au début du mois de novembre.

Un premier roman retiré de la course #

Le chiffre de départ n’était pas huit sur quinze, mais huit sur seize. Le 2 septembre, la première sélection comptait en effet seize titres, parmi lesquels C’était ça ou mourir, premier roman de Thélyson Orélien publié chez Grasset.

La polémique démarre le 21 septembre. Un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude » affirme, en s’appuyant sur l’outil de détection Pangram, que le livre aurait été « écrit à plus de 95 % avec l’aide de l’intelligence artificielle ». L’auteur dément : « Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », titrait Livres Hebdo le 22 septembre en reprenant ses propos.

Le 25 septembre, l’Académie tranche. Comme le rapporte Livres Hebdo, elle retire le roman de sa sélection en invoquant à la fois des plagiats attribués à l’auteur, « qui viennent d’être révélés », et les « résultats convergents » d’analyses de chercheurs et de journalistes, selon lesquelles le texte serait « selon toute vraisemblance très largement le produit d’une Intelligence Artificielle ». L’institution dit vouloir préserver l’intégrité d’un prix dont la mission est de couronner une littérature écrite par des humains.

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Un message adressé aux jeunes jurés

L’Académie a précisé qu’elle voulait aussi envoyer un « message clair » aux participants du Goncourt des lycéens, du Goncourt des détenus et des Choix Goncourt organisés à l’étranger. Elle refuse, selon ses termes, de « cautionner » ou d’« adouber » des textes générés avec l’aide de l’IA. Pour un prix qui fait lire chaque automne des lycéens dans toute la France, l’enjeu dépasse la seule querelle de jury.

Des réactions partagées #

La décision n’a pas fait l’unanimité. Le président de l’Académie, Philippe Claudel, avait d’abord appelé à la prudence, en expliquant n’avoir « à aucun moment » soupçonné l’usage d’une IA à la lecture du roman. Son confrère Éric-Emmanuel Schmitt a déclaré croire « à la parole d’un homme » plutôt qu’à celle d’une machine.

Car c’est bien là le point sensible : la fiabilité des détecteurs de texte généré reste discutée. Plusieurs observateurs ont souligné le flou qui entoure ces outils et l’absence de règle claire dans le monde de l’édition. Le média spécialisé Next a ainsi estimé que l’Académie s’était positionnée « vite et maladroitement » contre l’IA générative, en mêlant dans un même communiqué des plagiats établis et un usage de l’IA qui reste à démontrer.

L’Académie, elle, semble vouloir aller plus loin. D’après Livres Hebdo, Philippe Claudel souhaite que le règlement du prix interdise désormais l’utilisation de l’intelligence artificielle, et il estime que les huit titres retenus ont « passé le test haut la main ».

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Ce que l’affaire dit de l’art d’écrire #

Au-delà du palmarès, cette affaire rappelle ce qui fait la valeur d’un texte aux yeux des lecteurs : une voix, une expérience, un travail patient sur la phrase. Les calligraphes le savent bien, eux qui défendent depuis longtemps le geste de la main contre la facilité du clavier. Écrire, c’est hésiter, raturer, recommencer. C’est précisément ce que l’Académie Goncourt a voulu protéger.

Reste une question que la profession devra trancher : où placer la limite entre l’outil qui aide et la machine qui écrit à la place ? Correcteur orthographique, dictionnaire de synonymes, logiciel de traduction : les écrivains utilisent depuis longtemps des aides techniques. Le futur règlement du Goncourt, s’il voit le jour, devra dire précisément ce qui reste permis.

D’ici là, les lecteurs ont huit romans à découvrir avant le 27 octobre. Une bonne occasion de se faire sa propre idée, page après page, de ce que la littérature humaine a encore à offrir.

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